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Epaule : micro-instabilité macro-soucis

Votre épaule de tennisman encaisse des contraintes violentes et spécifiques. Les blessures qui en résultent ne sont pas toujours des tendinites. Il s’agit souvent de subluxations répétitives. Une stratégie préventive, un diagnostic précis et un traitement ciblé s’imposent…


Votre douleur d’épaule s’inscrit dans l’histoire de l’humanité ! Il y a 6 millions d’années, nos ancêtres accèdent à la bipédie. À la clé, une hanche très stable, apte à assumer l’appui sur une seule jambe. La sphère qui domine l’os de la cuisse, le fémur, s’emboîte dans un gros saladier osseux creusé dans le bassin appelé cotyle.

La bipédie : une hanche stable, une épaule instable !

À contrario, l’épaule gagne en mobilité pour manipuler les outils et lancer les sagaies. Cette articulation le paye au prix de l’instabilité ! Le globe qui surplombe l’os du bras, l’humérus, prend contact avec l’omoplate grâce à une surface quasiment plane, la glène. Les anatomistes aiment à dire que ce montage ressemble à un ballon de foot posé sur une assiette plate.

Dame Nature a vaguement amélioré cette articulation en ajoutant un petit ménisque circulaire, le labrum, qui transforme cette construction en assiette à soupe. Riche de ces informations, vous comprenez pourquoi le maniement de votre lance devenue raquette sollicite votre épaule aux limites d’un compromis évolutionniste !

Votre épaule de tennisman se subluxe en avant !

Lorsque vous armez votre service ou votre coup droit, votre coude et la portion basse de l’humérus partent en arrière. Par effet levier, la portion haute de ce dernier glisse vers l’avant de l’épaule. En fin de frappe, les pectoraux tirent si fort qu’ils finissent souvent par propulser la tête humérale à la face antérieure de l’articulation. Lors de la première étape, le sac articulaire et son renforcement ligamentaire sont violemment étirés. À l’occasion de la seconde, l’extrémité supérieure de l’humérus grimpe sur le labrum et broie chaque fois un peu plus ce petit ménisque. Heureusement, des muscles postérieurs forts et vigilants interviennent pour limiter cette subluxation antérieure traumatisante.

À l’armé, les ligaments et le ménisque sont étirés

Au contact et tout autour de la tête de l’humérus, on trouve la coiffe des rotateurs. L’étymologie vous aide à visualiser l’ensemble des fibres musculaires et tendineuses, bien peignées, bien alignées au sommet du crâne de l’humérus.

Plus à distance, mais plus forte, l’épaule est stabilisée par les grosses masses musculaires mobilisant les bras. Essentiellement les pectoraux devant et les dorsaux derrière. De cette façon, les petits muscles de la coiffe se contractent simultanément pour créer un centre de rotation. À l’inverse, les plus gros mobilisent puissamment l’épaule… mais leur rôle consiste aussi à freiner l’armé et la fin du geste ! Il en va de votre santé articulaire… et de votre performance. Quand vous armez votre geste, les muscles postérieurs se contractent et se raccourcissent. On parle de « travail concentrique ».

En fin de frappe, les ligaments et le ménisque sont écrasés

Au même moment, les muscles antérieurs se contractent aussi en s’allongeant. Ils freinent le mouvement ! C’est la contraction excentrique ! Loin d’être inutile, cette prestation accumule l’énergie élastique restituée lors de la frappe. Mieux encore, ils contrôlent l’amplitude. Cela vous assure une bonne technique… et surtout vous protège de la luxation ! En fin de lancer, ce sont les masses musculaires postérieures qui se doivent de ralentir le geste, sous peine de catapulter l’humérus hors de l’articulation. Ces mécanismes protecteurs sont altérés par la fatigue, par une technique imparfaite… mais aussi par une préparation physique inadaptée qui ne travaille pas suffisamment cette contraction de freinage !

Avez-vous une micro-instabilité d’épaule ?

Bien sûr, en cas de micro-instabilité, vous avez des douleurs à l’épaule. Au début, vous les ressentez après l’entraînement. Mais rapidement, vous les percevez lors de vos séances, particulièrement à l’armé du service et en fin de geste. Progressivement, il en est de même sur les smashs et les coups droits puissants. De façon typique, cette souffrance s’associe à des ressentis d’instabilité, de dérobement ou de craquement. Il arrive aussi qu’elle s’accompagne de fourmis dans le membre supérieur ou de sensation de « bras mort » juste après un mouvement violent.


Souffrance des tendons ou des nerfs : diagnostics ressemblants mais différents


À l’examen, votre médecin du sport met en évidence une tête humérale qui « pistonne » lorsqu’il tire sur votre bras. Il parvient aussi à la subluxer quand il la pousse vers l’avant alors que vous êtes en position d’armé de la frappe. Ces manœuvres provoquent fréquemment de légers craquements en rapport avec l’écrasement du petit ménisque de l’épaule, le labrum. Dans cette pathologie, puisque la tête humérale bouge, les tendons sont mis en tension et viennent se cogner sur les reliefs osseux de l’omoplate. De fait, des signes de tendinite sont souvent présents sans exclure le diagnostic de micro-instabilité.

Souffrance des tendons ou des nerfs : diagnostics souvent associés

Pour confirmer le diagnostic, l’IRM et l’arthroscanner constituent les examens de référence. La première permet un bon débrouillage facilitant notamment l’analyse des tendons. Le second, grâce à une injection de produit de contraste dans l’articulation, assure une description précise des fissures du labrum. Parfois, un EMG ou électromyogramme est nécessaire. Il recherche des lésions dans les nerfs de l’épaule provoquées par des gestes de forte amplitude. Cette blessure est à l’origine d’une faiblesse des muscles postérieurs de l’épaule qui aggrave l’instabilité… Un vrai cercle vicieux !

Le premier traitement est sportif !

Si les lésions ne sont pas majeures, le traitement de la cause va suffire. Si les dégâts sont plus sérieux, cette stratégie reste indispensable pour éviter la récidive après le traitement médical ou chirurgical. Il est impératif d’empêcher votre humérus de fuir vers l’avant ! Kinésithérapie et préparation physique préventive ou PPP s’avèrent indispensables. Il s’agit de mettre en place un renforcement de freinage du geste à partir du moment où la balle a quitté le tamis. Il est d’usage de travailler les muscles rotateurs externes coude au corps. La règle fondamentale de la spécificité met à mal cet exercice habituel.

Préparation Physique Préventive ou PPP : indispensable !

Il faut au contraire solliciter l’ensemble des muscles concernés et le schéma de coordination complet à l’aide d’un mouvement global, dans une posture proche du mouvement tennistique. Ainsi, vous devez ralentir la fin de frappe avec des poulies ou des élastiques accrochés DEVANT vous ! Intuitivement, cette instruction s’oppose à l’exercice visant à gagner en puissance !

C’est normal ! Vous réalisez ce geste dans la position correspondant au départ de la balle. Notez bien qu’à ce moment tous les schémas moteurs doivent s’inverser ! Les muscles antérieurs propulseurs sont dans l’obligation de cesser leurs contractions puissantes. Simultanément, les muscles postérieurs freinateurs sont contraints d’entrer vigoureusement en action… sous peine de luxation de l’humérus !

Renfo des freinateurs de l’épaule; ralentir la fin de frappe

Bref, si votre entraîneur, pour des raisons pédagogiques, dit que « vous devez finir votre geste », votre médecin du sport vous assure, pour la santé de votre épaule, que vous avez intérêt à ralentir très fort ! D’autant que, en théorie, à ce moment, votre mouvement de bras n’a plus d’influence sur votre performance … la balle a quitté votre tamis depuis longtemps ! En tout état de cause, la préparation physique doit exclure tout renforcement des chaînes musculaires de propulsion au-delà de la posture correspondant au départ de la balle. Depuis cette attitude, le travail musculaire doit s’inverser. La poulie ou l’élastique ne s’accroche plus derrière mais devant votre buste ! Cet entraînement dissocié a aussi pour vertu d’améliorer l’inversion des schémas moteurs à partir du moment où la balle perd contact avec la raquette.

Traitement médical ou chirurgical, si nécessaire !

En cas d’échec de la kinésithérapie et de la PPP, si l’adaptation technique n’est pas suffisante, un traitement médical est envisageable. Une infiltration est possible pour apaiser les douleurs et l’emballement irritatif. Ainsi, on peut repartir plus efficacement sur un traitement mécanique à base de rééducation et de prépa physique bien menée. Au-delà de cette stratégie, il est possible de soigner les lésions. Vous l’avez compris, votre sac articulaire est distendu et votre petit ménisque est abîmé. Un PRP ou plasma riche en plaquettes peut vous aider.

Infiltration et plaquettes ou PRP peuvent vous aider

Il s’agit de l’injection dans votre articulation de vos propres plaquettes, ces petites cellules sanguines qui s’agglutinent sur les plaies pour les boucher et reconstruire les tissus. Dans votre épaule, elles parviennent souvent à resserrer la membrane articulaire et à engluer le ménisque. À l’issue d’une immobilisation d’une dizaine de jours, rééducation, préparation physique et retour sur le terrain s’enchaînent sur 3 à 6 semaines avant de tester à pleine puissance.

Chirurgie: suture des tissus ou butée osseuse

Si la gêne persiste, un avis chirurgical est demandé. Les lésions peuvent être réparées en suturant le sac et en agrafant le ménisque. On parle de technique de Bankart. Parfois, les dégâts sont importants et il est nécessaire d’obstruer la voie de passage par un petit greffon osseux. C’est la technique de Latarjet.


Source : Doc du sport - Dr Stéphane Cascua


Suivi préparation physique individuelle au cabinet.






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